Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/83

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billon des fêtes et des plaisirs, tandis que le monde bruit si fort à ses oreilles, ne pouvais-je pas craindre que mon souvenir perdît quelque place dans son esprit, et que, trop éteigne pour me faire entendre mes paroles fraternelles ne se perdissent en chemin ?

Non, je ne t’accusais pas. Je comprenais en quelque sorte la possibilité de ton oubli. Je suis ton parent, ton ami mais hors de la, je suis trop peu de chose, pour avoir droit à réclamer une part privilégiée dans tes affections. Le temps n’est plus où le dimanche nous retrouvait assis au même foyer, rêvant les mêmes rêves, désirant les mêmes désirs, l’un complétant ta pensée de l’autre, et tous deux formant ensemble une seule intelligence dont tu étais, toi, la partie riante, mobile, légère moi le centre de gravité, solide mais lourd. Tes idées capricieuses, mais pleines de grâce et de délicatesse, tes jugements souvent hasardeux, mais toujours originaux et quelquefois vrais, se rattachaient merveilleusement à mes réflexions plus sérieuses, plus roides ; plus empruntées. Mais dans ce partage la meilleure part ne m’était pas échue. L’âge, en condensant, pour ainsi dire, la fluidité de ton esprit, devait lui donner de jour en jour l’aplomb qui lui manquait ; et moi, en marchant vers la maturité de la raison, je devais acquérir toujours plus de pesanteur et garder toujours moins de mobilité : Une époque devait donc venir où tu pourrais fort