Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/264

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térêt temporel dans le gouvernement des hommes, les politiques n’ont cherché les causes de la misère que dans un désordre matériel, et deux écoles se sont formées, qui ont tout ramené à la production ou à la distribution des richesses. D’un côté, l’ancienne école des économistes ne connaît pas de plus grand danger social qu’une production insuffisante ; pas d’autre salut que de la presser, de la multiplier par une concurrence illimitée ; pas d’autre loi du travail que celle de l’intérêt personnel, c’est-à-dire du plus insatiable des maîtres. D’un autre côté, l’école des socialistes modernes met tout le mal dans une distribution vicieuse, et croit avoir sauvé la société en supprimant la concurrence, en faisant de l’organisation du travail une prison qui nourrirait ses prisonniers, en apprenant aux peuples à échanger leur liberté contre la certitude du pain et la promesse du plaisir. Ces deux systèmes, dont l’un réduit la destinée humaine à produire, l’autre à jouir, aboutissent par deux voies diverses au matérialisme, et nous ne savons si nous avons plus d’horreur de ceux qui humilient les pauvres, les ouvriers, jusqu’à n’en faire que les instruments de la fortune des riches, ou de ceux qui les corrompent jusqu’à leur communiquer les passions des mauvais riches.

Pour nous, qui faisons profession de spiritualisme, nous avons une opinion plus haute de la destinée des hommes. Comme nous respectons en