Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/436

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veilleux auxiliaire de l’ambition, devança en la personne de François Bacon l’âge et l’expérience. A dix-neuf ans, il avait rempli une mission délicate entre l’ambassadeur anglais à Paris et la reine ; il avait aussi composé un écrit sur l’État de l’Europe, où l’on trouve plusieurs marques d’une maturité précoce. Bientôt la mort de son père le laissa seul, pourvu d’un médiocre héritage, jouissant de quelque estime, mais peu d’humeur à s’en contenter, amoureux de l’éclat et de l’or, dévoré d’une activité qui avait besoin de se développer à l’aise. Il dédaigna la carrière du barreau restreinte et poudreuse, vers laquelle il avait d’abord tourné ses regards, et les porta avec convoitise sur les fonctions politiques. Ce fut probablement à cette époque, et peut-être pour préluder au rôle difficile qu’il ambitionnait, qu’il composa le petit ouvrage publié plus tard sous le titre de Antitheta rerum . Là se trouve rangé sous deux colonnes un arsenal d’arguments philosophiques et oratoires à l’usage des opinions les plus contraires sur les plus graves questions de la politique et de la morale. Là se lisent ces maximes présentées, il est vrai, comme de simples lieux communs, mais dont nous ne tarderons pas à voir la triste application : « La dissimulation est l’abrégé de la sagesse ; c’est comme une haie vive qui protége les desseins des hommes habiles; c’est une sorte de pudeur intellectuelle qui nous fait couvrir la nudité de nos pensées.