Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/437

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Celui qui ne dissimule jamais ne trompe pas moins ; car, le plus grand nombre des hommes étant accoutumés au mensonge, rien ne les sur prend et ne les met en défaut comme la vérité. La magnanimité n’est qu’une vertu poétique. La flatterie est excusable. Les grands ont droit à ne recevoir de leçons que celles qui se cachent sous les formes de la louange. — Ce que l’on nomme du nom odieux d’ingratitude n’est autre chose que la juste appréciation des motifs d’un bienfait. La reconnaissance envers quelques-uns nous fait manquer de justice envers les autres, et trahir notre indépendance. On ne doit point récompenser un service, puisqu’on n’en saurait estimer la valeur[1]. »

En même temps, et pour attirer sur lui les regards de sa gracieuse souveraine, il publia l’Éloge de la reine Élisabeth [2], œuvre de rhéteur, où l’adulation s’élève jusqu’au cynisme de l’hyperbole. Il vante les mérites de la reine, et parmi ces mérites il ose compter « cette clémence qui distille sans cesse de ses belles mains, et tombe sur les blessures de ceux qu’avait frappés la justice de la loi ; alors que ces mains avaient signé l’arrêt de mort des vertueux seigneurs de Norfolk et de Northumberland. Il loue sa religion et la douceur

  1. Antitheta rerum , opuscule inséré dans le livre de Dignitate et Augmentis scientiarum.
  2. Œuvres de Bacon, t. 1.