Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/66

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capable de dissiper pour nous les ombres de la mort.

Un marchand de Burgos avait été chargé de faire exécuter en Flandre les verrières de Miraflores : il crut bien faire d’y joindre en présent un vitrail timbré de ses armes. Isabelle s’informa de ce blason inconnu, et, prenant l’épée d’un de ses gentilshommes, elle brisa la vitre : « Dans cette maison, dit-elle, je ne veux point d’autres armes que celles de mon père. » Elle-même, qui avait élevé les murs et les tombeaux, n’inscrivit son nom nulle part ; mais à vrai dire tout y parle d’elle. Au sommet du retable en bois doré qui domine l’autel le Christ en croix apparaît, non plus accompagné du pape et de l’empereur, comme on le représente souvent au moyen âge, mais soutenu, d’un côté par un pape ceint de la tiare, et de l’autre par une reine couronnée. Et comment oublier encore qu’au moment où la reine faisait exécuter cet ouvrage, elle recevait dans Burgos Christophe Colomb, revenu du nouveau monde dont elle lui avait ouvert le chemin ? Le grand homme fit son entrée, menant à sa suite une grande troupe de sauvages, couronnés de plumes éclatantes : il offrit à Isabelle un diadème, une chaîne, des bracelets et des lingots de l’or le plus pur. La reine consacra ces richesses au service de Dieu, et voulut que le retable de Miraflores fût doré des prémices de l’Amérique[1].

  1. Arias, Apuntes, pag. 71, 77, 78. Il s’agit ici du second retour de Christophe Colomb, en 1496.