Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/21

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l’amitié que m’inspirent les personnes qui me sont chères, j’aurais préféré être né dans un tout autre âge, et, pour oublier celui-ci, je me suis toujours efforcé de vivre en imagination dans les temps anciens. Je me suis donc plu à la lecture des historiens, non toutefois sans être choqué de leur désaccord ; je m’en suis rapporté, dans le doute, à la vraisemblance des faits ou à l’autorité des écrivains. Ma parole, a-t-on dit, était claire et puissante. À mon avis, elle était faible et obscure. Dans la conversation avec mes amis ou mes familiers, je n’ai jamais recherché l’éloquence, et je m'étonne que César Auguste ait pris un tel soin. Mais, quand la circonstance, le lieu ou l’auditeur ont paru l’exiger, j’ai fait quelque effort, avec quel succès, je ne saurais le dire ; j’en laisse juges ceux devant qui j’ai parlé : pour moi, pourvu que ma vie fût bonne, je me souciais peu de la façon dont je parlais. C’est une gloire venteuse que d’attendre sa réputation du seul éclat des mots.

Voici comment la fortune ou ma volonté ont jusqu’à présent partagé mon temps. J’ai passé la première année de ma vie, pas entièrement, à Arezzo, où la nature m’avait fait naître, et les six suivantes à Incisa dans la maison de campagne