Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/22

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de mon père, à quatorze milles au-dessus de Florence. Ma mère ayant été rappelée de l’exil, j’ai passé ma huitième année à Pise, ma neuvième et les suivantes dans la Gaule transalpine, sur la rive gauche du Rhône. Avignon est le nom de cette ville, où le pontife romain tient et a tenu longtemps l’Église du Christ dans un honteux exil. Il y a quelques années, Urbain V sembla l’avoir ramenée dans son siège ; mais ce projet échoua, comme on le sait, et, ce qui m’indigne le plus, du vivant même de ce pape, comme s’il s’était repenti de cette bonne œuvre. S’il eût vécu un peu plus, il aurait senti à coup sûr ce que je pensais de son départ. J’avais déjà la plume à la main quand tout à coup il abandonna sa glorieuse entreprise avec la vie. Le malheureux ! il aurait pu mourir heureusement devant l’autel de saint Pierre et dans son propre palais : car où ses successeurs seraient restés dans leur siège, et il devenait l’auteur de cette bonne œuvre, ou ils en seraient partis, et son mérite eût été d’autant plus éclatant que leur faute aurait été plus frappante. Mais cette plainte est trop longue et incidente.

J’ai donc passé là, sur le bord du fleuve le plus battu des vents, mon enfance sous mes parents,