Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/25

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sous un père ; je me trompe, j’ai vécu avec lui comme avec le frère le plus tendre, ou, pour mieux dire, comme avec moi-même et dans ma propre maison.

À cette époque, un goût juvénile me poussa à visiter la France et l’Allemagne. Pour faire approuver mon départ à mes supérieurs, je prétextai différents motifs, mais la véritable cause était le désir ardent de voir beaucoup de choses[1]. Dans mes voyages, je vis d’abord Paris, et je me plus à rechercher ce qu’il y avait de vrai ou de fabuleux dans ce que l’on racontait de cette ville. En revenant de là, je me rendis à Rome, que je désirais ardemment visiter dès mon enfance. J’y trouvai Stefano Colonna, le magnanime chef de cette famille, homme comparable à n’importe lequel des anciens. Je lui fis ma cour, et il me témoigna tant d’amitié qu’entre moi et l’un de ses fils on n’aurait fait aucune différence. L’affection et l’attachement de ce grand homme envers moi sont demeurés constamment les mêmes jusqu’à la fin de sa vie ; son souvenir vit encore maintenant en moi, et il ne s’éteindra pas avant

  1. Il avoue, dans le IIIe dialogue de Mon Secret, que la véritable cause de ses voyages fui de combattre par t’éloiguement sa passion pour Laure.