Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/27

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dédiés à Philippe[1], toujours grand homme, mais alors petit évêque de Cavaillon, aujourd’hui grand évêque de Sabine et cardinal. Dernier survivant de tous mes vieux amis, il m’a aimé et m’aime non en évêque, comme Ambroise aima Augustin[2], mais en frère. En me promenant sur ces montagnes un vendredi saint, l’idée me vint sérieusement de composer un poème héroïque sur le premier Scipion l’Africain, dont le nom, je ne sais pourquoi, m’a été cher dès mon enfance. Je commençai alors cette œuvre avec une ardeur extrême ; puis, distrait par d’autres soins, je l’interrompis. J’intitulai ce livre l’Afrique, du nom du sujet, et je ne sais par quelle faveur attachée soit à moi, soit au poème, il fut fort prisé avant d’être connu.

Pendant mon séjour dans ces lieux, chose étonnante, il m’arriva le même jour des lettres du sénat de Rome et du chancelier de l’Université de Paris[3] m’appelant à l’envi, l’une à Rome et l’autre à Paris, pour recevoir la couronne de laurier poétique. Tout fier de ces lettres comme un jeune homme, je me jugeai digne d’un

  1. Philippe de Cabassole.
  2. Confessions, V, 13.
  3. Robert de Bardi.