Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/36

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plore tout à la fois la fureur de son époux, son propre forfait, le malheur de sa sœur et la mort imméritée de son fils, en voyant sa poitrine maternelle tachée d’un sang qu’elle connaît, et qui, hirondelle diligente, parcourt sans cesse l’intérieur des maisons et les cours en se hâtant comme si elle voyait son ennemi[1] ; si tout cela, dis-je, vous est indifférent ; si une foule de jeunes Narcisses, qui, le visage épanoui, admirent leur beauté dans une fontaine et se penchent éperdument sur ce miroir aquatique ; si Actéon, les cornes dressées, fuyant ses compagnons et les chiens à travers les souliers impraticables des bois ; si Scylla qui coupa, dit-on, le cheveu de pourpre de son père, s’élevant jusqu’aux nues avec un chant saccadé pour épier de loin du haut des airs Nisus qui veut se venger d’elle[2] ; si Cycnus[3] qui, en disant qu’on lui a enlevé l’Hespérie, plonge assidûment du haut du rivage et semble désirer la mort ; si l’écuyer aérien de

  1. Voir le livre VI des Métamorphoses d’Ovide. Térée, ennemi de Progné, fut changé en huppe.
  2. Voir le livre VIII des Métamorphoses d’Ovide. Scylla et Nisus furent métamorphosés, l’une en alouette, l’autre en épervier.
  3. Roi de Ligurie, métamorphosé en cygne.