Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/46

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si mes illusions ne me trompent point. À quoi me sert-il en effet d’avoir étanché un peu ma soif à la fontaine des Muses, si une autre soif plus grande me brûle et me dévore éternellement les entrailles ? À quoi bon, couché souvent dans les grottes de l’Hélicon, m’être moqué de loin des soucis insensés du vulgaire, si je suis possédé d’un autre souci sans récompense ni repos ? À quoi bon une belle figure si l’âme est troublée ? J’ai en vérité bien des raisons d’être heureux (et ma langue, je l’avoue, n’a pas la force d’en rendre à Dieu de justes actions de grâces), si un souci cuisant et perpétuel ne me rongeait malheureusement le cœur. Je crois voir d’ici vos joues baignées de larmes de tendresse, si vous m’êtes bien connu par une longue intimité. Mais comme à la façon d’un père vous voulez connaître tout ce qui me touche, l’amitié pousse ma plume et je ne puis résister à vos ordres. Je parlerai et vous m’aiderez peut-être de vos conseils ; il m’est doux de soulager mon âme par des plaintes amères.

Derrière mon imagination est une femme très célèbre par sa vertu, distinguée par sa naissance, que mes vers ont embellie et fait connaître au