Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/89

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que l’on découvre au loin de toutes parts, est presque toujours devant les yeux. La fantaisie me prit de faire une fois pour toutes ce que je faisais journellement, d’autant plus que la veille, en relisant l’histoire romaine de Tite-Live, j’étais tombé par hasard sur le passage où Philippe, roi de Macédoine, celui qui fit la guerre au peuple romain, gravit le mont Hémus en Thessalie, du sommet duquel il avait cru par ouï-dire que l’on apercevait deux mers : l’Adriatique et l’Euxin. Est-ce vrai ou faux ? Je ne puis rien affirmer parce que cette montagne est trop éloignée de notre région et que le dissentiment des écrivains rend le fait douteux. Car, pour ne point les citer tous, le cosmographe Pomponius Mêla déclare sans hésiter que c’est vrai[1] ; Tite-Lîve pense que cette opinion est fausse[2]. Pour moi, si l’exploration de l’Hémus m’était aussi facile que l’a été celle du Ventoux, j’aurais bientôt éclairci la question. Au reste, laissant de côté cette montagne pour en venir à l’autre, j’ai pensé qu’on excuserait dans un jeune particulier ce qu’on ne blâme point dans un vieux roi.

  1. Pomponius Méla, II, 2.
  2. Tite-Live, XII, 22.