Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/95

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ou tomber lâchement dans les bas-fonds de tes péchés ; et si (m’en préserve le ciel !) les ténèbres et l’ombre de la mort te trouvent là, tu passeras une nuit éternelle dans des tourments sans fin. » On ne saurait croire combien cette pensée redonna d’énergie à mon âme et à mon corps pour ce qu’il me restait à faire. Et plût à Dieu que j’accomplisse avec mon âme le voyage après lequel je soupire jour et nuit, de même que j’ai accompli avec mes jambes le voyage d’aujourd’hui en triomphant enfin de toutes les difficultés. Au fait, je ne sais pas si ce que l’on peut faire par l’âme agile et immortelle, sans bouger de place et en un clin d’œil, n’est pas bien plus facile que ce qu’il faut faire à la longue par l’office du corps mortel et périssable et sous le pesant fardeau des membres.

Le pic le plus élevé est nommé par les paysans le Fillot. J’ignore pourquoi, mais je suppose que c’est par antiphrase, comme il en est de certaines autres appellations, car il paraît véritablement le père de toutes les hauteurs voisines. Sur son sommet existe un petit plateau, où nous nous reposâmes enfin de nos fatigues. Et puisque vous avez écouté les réflexions qui ont assailli mon âme pendant que je gravissais la montagne,