Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/96

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écoutez encore le reste, mon père, et accordez, je vous prie, une de vos vos heures à la lecture des actes d’une de mes journées.

Tout d’abord frappé du souffle inaccoutumé de l’air et de la vaste étendue de l’horizon, je suis resté comme en extase. Je regarde derrière moi ; les nuages étaient sous mes pieds. L’Athos et l’Olympe[1] me sont devenues moins incroyables en voyant sur une montagne de moindre renom ce que j’en avais entendu dire et lu. Je dirige ensuite mes regards vers la partie de l’Italie où mon cœur incline davantage. Les Alpes couvertes de neige et de glace, à travers lesquelles le cruel ennemi du nom romain[2] se fraya jadis un passage en perçant les rochers avec du vinaigre, si l’on en croit la renommée, me parurent tout près de moi quoiqu’elles fussent à une grande distance. J’ai soupiré, je l’avoue, après le ciel de l’Italie qui apparaissait à mon imagination plus qu’à mes regards, et je fus pris d’une ardeur inexprimable de revoir et mon ami et ma patrie. Je ne laissais pas toutefois de blâmer dans ce double désir la

  1. Hautes montagnes situées : la première entre la Macédoine et la Thrace ; la seconde entre la Thessalie et la Macédoine.
  2. Annibal.