Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/112

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devenue générale depuis que cette tourbe de lettrés, engeance exécrable, s’est répandue partout et que l’on fait dans les écoles de longs raisonnements sur l’art de vivre, que l’on met peu en pratique. Mais en faisant certaines marques aux endroits principaux tu retireras du fruit de ta lecture.

Pétrarque. Quelles marques ?

S. Augustin. Chaque fois qu’en lisant tu rencontres des maximes salutaires par lesquelles tu sens que ton âme est excitée ou retenue, ne te fie point aux ressources de ton esprit, mais grave-les au fond de ta mémoire, et sache te les rendre familières à force de les méditer, afin qu’à l’exemple des médecins expérimentés, en quelque lieu et en quelque temps que survienne une maladie urgente, tu aies les remèdes écrits, pour ainsi dire, dans ta tête. Car dans les maux de l’âme, comme dans ceux du corps, il en est pour lesquels le retard est si mortel, que différer le remède, c’est ôter tout espoir de salut. Qui ne sait, par exemple, que certains mouvements de l’âme sont tellement prompts que, si la raison ne les réprime dès qu’ils naissent, ils perdent l’âme, le corps et l’homme tout entier, et que tout remède tardif est inutile. La colère, à mon sens, vient on première ligne. Ce n’est pas en vain qu’elle a été mise au-dessous du siège de la raison par ceux qui ont divisé l’âme en trois parties, plaçant la raison dans la tête comme dans une citadelle, la colère dans le cœur, et la concupiscence au bas de la région abdominale. Ils ont voulu