Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/153

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Pétrarque. J’aurais deviné tout seul, sans qu’on me les indiquât, les deux premières vérités ; mais, quant à la troisième, je ne comprends pas que l’âme qui est guérie et mise en sûreté ait besoin de l’absence, à moins que la crainte d’une rechute ne motive vos paroles.

S. Augustin. Crois-tu que ce ne soit rien ? Si les rechutes sont à craindre pour le corps, elles doivent l’être bien davantage pour l’âme, car elles sont plus rapides et plus dangereuses. Aussi, Sénèque n’a-t-il rien écrit de plus salutaire et de plus conforme à la nature que ce passage d’une de ses lettres : Si l’on veut renoncer à l’amour, il faut éviter tout souvenir de l’objet aimé ; et il en donne la raison, car rien ne renaît plus facilement que l’amour[1]. Ô parole pleine de vérité et dictée par une profonde expérience ! Dans ce cas, je ne veux invoquer d’autre témoignage que le tien.

Pétrarque. J’avoue que cette parole est vraie ; mais remarquez qu’elle s’applique non à celui qui a déjà renoncé à l’amour, mais à celui qui veut y renoncer.

S. Augustin. Elle s’applique à celui qui est le plus près du danger. Dans toute blessure avant la cicatrisation, et dans toute maladie avant la guérison, le moindre coup est plus redoutable ; mais quoiqu’il soit plus dangereux avant, on ne le méprise pas impunément après. Et puisque les exemples domestiques se gravent plus

  1. Lettres, LXIX.