Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/155

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flammes et qui ne songent point à leur salut ; il s’est adressé à ceux qui viennent après, lesquels brûlent encore, mais essayent de sortir des flammes. Beaucoup de convalescents ont été incommodés d’une petite gorgée d’eau qui, avant la maladie, leur aurait fait du bien. Souvent un homme fatigué a été renversé par une légère secousse qui, dans la plénitude de ses forces, ne l’aurait pas fait bouger. Qu’il faut parfois peu de chose pour replonger l’âme qui se relève dans un abîme de maux ! La pourpre aperçue sur les épaules d’un autre renouvelle l’ambition ; la vue d’une pile d’écus excite la cupidité : l’aspect d’un beau corps allume la luxure ; une œillade réveille l’amour endormi. Ces vices se glissent aisément dans les âmes à cause de votre démence, et, une fois qu’ils en ont appris le chemin, ils reviennent bien plus aisément. Puisqu’il en est ainsi, il ne suffit pas de quitter un lieu pestilentiel, il faut encore fuir avec le plus grand soin tout ce qui ramène l’âme à ses anciennes passions, de peur que, revenant des enfers avec Orphée et regardant en arrière, tu ne perdes l’Eurydice que tu avais recouvrée. Telle est la conclusion de mon conseil.

Pétrarque. Je l’accepte, et je vous en remercie, car je sens que ce remède convient à mon mal. J’ai bien l’intention de fuir, mais je ne sais où diriger mes pas de préférence.

S. Augustin. Mille routes te sont ouvertes de tous côtés, mille ports sont prêts