Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/166

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comme dit Sénèque, la puérilité reste[1], et crois-moi, tu n’es peut-être pas aussi jeune que tu penses, puisque la majeure partie des hommes n’a point atteint l’âge où tu es. Rougis donc de passer pour un vieillard amoureux, rougis d’être si longtemps la fable du public, et, si tu n’es ni attiré par la vraie gloire, ni détourné par l’ignominie, que du moins ta conversion remédie à la pudeur d’autrui : car, si je ne me trompe, on doit ménager sa réputation, ne fut-ce que pour épargner à ses amis la honte de mentir. C’est un devoir pour tout le monde, mais plus particulièrement pour toi qui as à justifier le public si nombreux qui parle de toi. C’est une rude tâche que le soin d’une grande réputation. Si, dans ton poème de l’Afrique[2] tu fais donner ce conseil à ton cher Scipion par un ennemi farouche[3], permets maintenant que le même conseil, sortant de la bouche d’un père tendre, te soit profitable. Renonce aux bagatelles de l’enfance, étouffe le feu de la jeunesse, ne songe pas toujours à ce que tu seras, examine enfin ce que tu es, ne crois pas que le miroir a été mis en vain sous tes yeux, souviens-toi de ce qui est écrit dans les Questions naturelles : Les miroirs ont été inventés pour que l’homme se connût lui-même. Il en résulte plusieurs avantages, d’abord la connaissance de soi, puis de sages conseils. Vous êtes beau, évitez ce qui déshonore ; laid,

  1. Lettres, IV.
  2. L’Afrique, VII, 292.
  3. Annibal.