Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/26

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particulier qu’elle s’insinue bien plus aisément dans l’esprit de l’auditeur, quand le maître en est aimé. Si ta félicité présente ne te fait point oublier tes misères, lorsque tu étais renfermé dans la prison du corps tu as subi bien des épreuves semblables aux siennes. Puisqu’il en est ainsi, excellent médecin des passions que tu as ressenties, quoique la méditation silencieuse soit pleine de charmes, je t’en prie, que ta voix sacrée et qui m’est particulièrement agréable rompe ce silence pour essayer si tu pourras calmer par quelque moyen un mal si dangereux. »

Augustin lui répondit : « Vous êtes mon guide, ma conseillère, ma souveraine, ma maîtresse, que voulez-vous donc que je dise en votre présence ? — Je veux, répliqua-t-elle, qu’une voix humaine frappe l’oreille d’un mortel ; celui-ci la supportera mieux. Mais, pour qu’il considère tout ce que tu lui diras comme étant dit par moi, j’assisterai en personne à votre entretien. » Augustin reprit : « L’amour que je porte au malade et l’autorité de celle qui me commande me font un devoir d’obéir. » Puis, me regardant avec bonté et me pressant contre son cœur dans un embrassement paternel, il m’emmena dans le coin le plus retiré du lieu, la Vérité nous précédant de quelques pas. Nous nous assîmes là tous les trois. Alors, la Vérité jugeant de tout en silence, à l’exclusion d’autres arbitres, un long entretien s’engagea de part et d’autre et, grâce à l’étendue du sujet, se prolongea pendant trois jours. Quoique bien des choses y aient été dites contre les mœurs de notre siècle et sur les vices communs aux mortels, en sorte que ces reproches semblaient dirigés moins contre moi