Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/43

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ce qui est la marque évidente d’un caractère querelleur.

Pétrarque. Je vous comprends, je vous approuve et j’userai de votre conseil. Continuez maintenant.

S. Augustin. Ne reconnais-tu pas pour vraie et comme servant d’échelon cette maxime : que la connaissance parfaite de ses misères engendre un désir parfait de se relever si la puissance suit le désir ?

Pétrarque. J’ai pris le parti de vous croire en tout.

S. Augustin. Je sens qu’il reste encore quelque chose qui te taquine ; dis-moi franchement ce que c’est.

Pétrarque. Ce n’est rien, sinon que je suis fort surpris de n’avoir pas voulu jusqu’à présent ce que je croyais avoir toujours voulu.

S. Augustin. Tu es encore hésitant. Eh bien, pour mettre fin à tous ces discours, je reconnais moi-même que tu as voulu quelquefois.

Pétrarque. Qu’avez-vous donc dit ?

S. Augustin. Ne te rappelles-tu pas ce mot d’Ovide : C’est peu de vouloir ; pour posséder une chose, il faut la désirer vivement[1] ?

Pétrarque. Je comprends, mais je pensais avoir désiré vivement.

S. Augustin. Tu te trompais.

Pétrarque. Je le crois.

S. Augustin. Pour en être plus sûr, interroge toi-même ta conscience. C’est le meil-

  1. Pontiques, III, 1, 35.