Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/49

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Ajoute à cela la fureur des bêtes et des hommes, la rage des guerres ; ajoute la chute des grands édifices qui, comme quelqu’un l’a bien dit, jadis défense des hommes, sont maintenant pour eux un danger ; ajoute les révolutions de l’air sous un astre funeste, le souffle d’un ciel empesté et tant de périls sur terre et sur mer qui vous environnent de toutes parts au point que vous ne pouvez détourner les yeux sans qu’ils rencontrent l’image de votre propre mortalité.

Pétrarque. Excusez-moi, je vous prie, je ne puis attendre davantage, car pour confirmer ma raison je ne crois pas qu’on puisse rien dire de plus efficace que tout ce que vous avez dit. Je me demandais, en vous écoutant, où tendait votre discours et quand il finirait.

S. Augustin. En effet, il n’est pas encore au bout, tu l’as interrompu. En voici la conclusion : Quoique mille piqûres agissent à la surface, rien ne peut pénétrer à l’intérieur, les cœurs des malheureux étant endurcis par une longue habitude et comme par un vieux calus qui résiste aux avertissements salutaires. Tu trouveras peu de gens songeant sérieusement à la nécessité de la mort.

Pétrarque. Peu de gens connaissent donc la définition de l’homme, qui pourtant est rabâchée si souvent dans toutes les écoles, qu’elle aurait dû non seulement fatiguer les oreilles des auditeurs, mais user depuis longtemps les colonnes mêmes des