Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/59

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Je dois à cette croyance de n’avoir jamais éprouvé, que je sache, la soif des richesses et de la puissance qui dévore beaucoup de gens de mon âge, et même des hommes chargés d’années et ayant dépassé le terme ordinaire de l’existence. Quelle folie, on effet, de passer toute sa vie dans les fatigues et la pauvreté pour mourir subitement au sein de richesses amassées avec tant de peine ! Je regarde donc ce dénouement redoutable non comme très éloigné, mais comme prochain et déjà présent. Je n’ai point encore oublié certain vers que, dans mon jeune âge, j’écrivis dans une lettre adressée à un ami et à la fin de laquelle j’ajoutais : Pendant que nous parlons ainsi, accourant par mille chemins, la mort est peut-être à notre porte. Si j’ai pu dire cela à cette époque, que dirai-je maintenant que je suis plus avancé en âge et plus expérimenté ? Tout ce que je vois, tout ce que j’entends, tout ce que je sens, tout ce que je pense, je le rapporte uniquement à cela. SI je ne me trompe point dans cette pensée, il reste encore cette question : Qu’est-ce qui me retient donc ?

S. Augustin. Rends d’humbles actions de grâces à Dieu qui daigne te retenir par des rênes si salutaires, et t’exciter par des aiguillons si piquants. Il n’est pas possible, en effet, que celui qui a la pensée de la mort si journalière et si présente soit condamné à la mort éternelle. Mais, puisque tu sens, et avec raison, qu’il te manque quelque chose, j’essayerai de te montrer ce