Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/67

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de soins superflus t’accablent. Et d’abord, pour commencer par ce qui a précipité dans l’abîme, à l’origine de la création, les esprits les plus nobles, il te faut bien prendre garde de les suivre dans leur chute. Que de choses qui élèvent ton esprit sur des ailes funestes, et, sous prétexte d’une noblesse innée te faisant oublier souvent ta fragilité, te fatiguent, t’occupent, t’agitent, ne te permettent point d’autre pensée, et font que, plein d’orgueil, comptant sur tes propres forces, tu t’applaudis toi-même jusqu’à haïr le Créateur ! Ces choses, fussent-elles sublimes et telles que tu te les figures, auraient dû t’induire, non à l’orgueil mais à l’humilité, en te rappelant que ces privilèges t’ont été octroyés sans aucun mérite de ta part. Qui rend les cœurs des sujets plus soumis, je ne dirai pas au Maître éternel, mais au maître temporel, sinon ses marques de libéralité qu’aucun mérite n’a provoquées ? Ils s’efforcent alors de répondre par de bonnes actions à cette libéralité qu’ils auraient dû prévenir.

Maintenant il te sera très facile de voir combien sont minces les avantages dont tu es fier. Tu comptes sur ton intelligence et sur tes nombreuses lectures, tu te glorifies de ta faconde, et tu es charmé de la beauté d’un corps périssable. Ne sens-tu pas en combien de circonstances l’intelligence te fait défaut et dans combien d’espèces d’arts tu ne pourrais égaler l’habileté des hommes les plus vils ? Il y a plus : tu trouveras des animaux minuscules et inconnus dont tu ne