Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/93

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mandé cet axiome de Platon que je ne crois pas que l’on puisse rien dire de plus vrai ni de plus religieux. Chaque fois que je me suis relevé, grâce à la main que Dieu m’a tendue, j’ai reconnu avec un charme immense et incroyable ce qui m’avait servi alors et ce qui m’avait nui auparavant ; maintenant que je suis retombé de mon propre poids dans mes anciennes misères, je sens avec une vive amertume ce qui m’a perdu de nouveau. Je dis cela pour que vous ne soyez point surpris que j’aie mis en pratique cette maxime de Platon.

S. Augustin. Je n’en suis point surpris, car j’ai été témoin de tes luttes ; je t’ai vu tomber et te relever, et maintenant que tu es abattu, j’ai résolu, par pitié, de te porter secours.

Pétrarque. Merci d’un sentiment si plein de compassion ; mais qu’attendre du secours des hommes ?

S. Augustin. Rien ; mais beaucoup du secours de Dieu. Personne ne peut être continent si Dieu ne lui donne la continence[1]. Il faut donc lui demander cette grâce, surtout avec humilité et souvent avec larmes. Il a coutume de ne point refuser ce qu’on lui demande convenablement.

Pétrarque. Je l’ai fait si souvent que je crains presque de l’importuner.

S. Augustin. Mais tu ne l’as pas fait avec assez d’humilité ni assez de détachement. Tu as toujours réservé une place pour les passions à venir, tu as toujours demandé à

  1. La Sagesse, VIII, 21.