Page:Palante - La Sensibilité individualiste, Alcan, 1909.djvu/103

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se font jour des différences de sensibilité, d’intelligence et de volonté qui répugnent au nivellement inséparable de toute vie en société et par suite aussi se font jour des instincts d’indépendance, de jouissance et de puissance qui veulent s’épanouir et qui rencontrent les normes sociales comme autant d’obstacles. Les sociologues et les moralistes qui se placent au point de vue des intérêts de la société ont beau qualifier ces tendances de « vagabondes », d’inconséquentes, d’irrationnelles, de dangereuses ; elles n’en ont pas moins leur droit à l’existence. C’est en vain que la société veut les mater brutalement ou hypocritement ; c’est en vain qu’elle multiplie, contre l’indépendant et le rebelle, les procédés d’intimidation, de vexation et d’élimination ; c’est en vain qu’elle s’efforce, par l’organe de ses moralistes, de convaincre l’individu de sa propre débilité et de son propre néant ; le sentiment du moi — du moi socialement haïssable — reste indestructible en certaines âmes et y provoque invinciblement la révolte individualiste.

Deux moments peuvent être distingués dans l’évolution du sentiment individualiste. Au premier moment, l’individu a conscience du déterminisme social qui pèse sur lui. Mais, en même temps, il a le sentiment d’être lui-même une force au sein de ce déterminisme. Force très faible, si l’on veut, mais enfin force capable, malgré tout, de lutter et peut-être de vaincre. En tout cas, il ne veut pas céder sans essayer ses forces