Page:Palante - La Sensibilité individualiste, Alcan, 1909.djvu/107

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germe de société nouvelle. Il joue un grand rôle dans l’histoire, où il représente l’esprit de changement et de progrès.

Mais, ici encore, l’effort fait par les individus pour secouer les servitudes existantes aboutit à une déception. Une tyrannie abattue est remplacée par une autre. La minorité victorieuse se transforme en majorité tyrannique. C’est là le cercle vicieux de toute politique. Le progrès, dans le sens de l’affranchissement de l’individu, n’est jamais qu’un trompe-l’œil. Il n’y a eu, en réalité, qu’un déplacement d’influences et de servitudes. Sous la poussée de la minorité révolutionnaire, les idées et les sentiments collectifs se sont attachés à d’autres objets, se sont incarnés en un nouvel idéal. Mais, en tant que collectifs et partagés par une grande masse d’hommes, ces idées et ces sentiments tendent aussitôt à devenir impératifs. Cristallisés en dogmes et en normes, ils sont désormais une autorité qui n’admet pas plus la contradiction que l’ancienne autorité détruite. La conclusion logique de ce cercle vicieux de l’histoire semble être celle qu’indique Vigny : l’indifférence en matière politique. « Peu nous importe quelle troupe fait son entrée sur le théâtre du pouvoir [1]. »

Nous arrivons ainsi au second moment de l’indivi-

  1. Vigny, Journal d’un poète, p. 161.