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d’influences étrangères trop souvent incompatibles avec le caractère, le tempérament, le génie de la race.

* * *

Après que Lévis eut brisé son épée et brûlé ses drapeaux, il regagna la France, et avec lui, les officiers, les nobles, tous ceux qui possédaient quelqu’instruction ou quelque fortune, traversèrent l’océan finir leurs jours en la mère-patrie.

Il ne resta au pays que soixante mille paysans, trappeurs, coureurs des bois, aventuriers, ignorants et rustres, habitués à la misère et même la chérissant.

C’est de cette poignée d’hommes que nous descendons. Ces soixante mille colons, continuateurs sur la terre d’Amérique des Gesta Dei per Francos, forment le noyau, l’essence de la race.

Séparé de la France, livré à lui-même, ce groupe a vécu, grandi, s’est développé. Guidé par ses prêtres, sans aucun secours de l’extérieur, il a lutté et pour la défense de ses droits et pour sa survivance, écrivant dans l’histoire cette page merveilleuse que Barrès appelait : Le Miracle Canadien.

Aujourd’hui le groupe ethnique canadien d’origine française est de près de trois millions. Il a produit des politiques, des financiers, des savants… mais peu de littérateurs. Il a une personnalité, une originalité qui lui est propre. Il n’est plus français ; il n’est pas anglais. Il a gardé certaines caractéristiques de ses origines ; il a emprunté aux groupements anglo-saxons certaines particularités.

« Il y a un siècle et demi que nous sommes séparés de la France, écrivait Jules Fournier, dans le Nationaliste en 1909. Au cours de cette période, combien d’événements n’avons-nous pas traversés auxquels les Français de France sont forcément restés