Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 2.djvu/77

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que vous sachiez qu’il n’y gagnera rien, si ce n’est grande honte. Demain mon seigneur le duc saura la trahison que vous et lui pourchassez. — Ah ! dame, répond Ulfin, vous n’êtes pas si folle ! Vous savez bien que jamais mari ne conserve sa fiance à la femme qui lui fait de tels aveux. Honte à qui s’en gardera ! » répondit-elle.

Quand le roi eut mangé et lavé, il prit le duc par la main : « Allons voir ces dames, » lui dit-il en riant. Ils vinrent dans la chambre où Ygierne avait mangé avec les autres dames ; mais elle ne fit aucun semblant de tristesse ou de joie, et dévora son chagrin jusqu’à la nuit, quand l’heure vint de retourner à son hôtel.

« Li dus i vint, si la trouva pleurant et grant duel faisant en sa chambre. Li dus s’en merveilla moult et la prist entre ses bras com cil qui moult l’amoit. Et ele dist qu’ele vouroit estre morte. Li dus li demande pourquoi. Je nel vous celerai mie, quar il n’est rien que je tant ame com vous. Li rois dist qu’il m’aime, et toutes ces corz qu’il fait et toutes ces autres dames qu’il mande et fait venir, il dist que ne le fait se por moi non, et por avoir achoison que vous m’i amaigniés, et dès l’autre feste, le sai-je bien ; et je m’estoie de lui et de ses dons moult bien deffendue ; onques n’en avoie riens pris ; mès ores m’avés