Page:Paris, Paulin - Lettre au traducteur de Fiéramosca sur les romans du Moyen-âge.djvu/6

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revenans, aux fées, aux génies, aux ogres, aux géans, aux enchanteurs ; mais nous sommes obligés de recourir aux armes de l’expérience et de la raison pour renoncer à ces croyances originelles, et si notre cœur était seul consulté, il avouerait qu’une seule chose est invraisemblable, — le vrai.

Pour ce qui est du mot Roman, il fut mis d’abord en usage pour désigner tous les ouvrages composés dans la langue latine non grammaticale et passée par les Romains. Cette langue devint plus tard, comme on sait, le français, l’espagnol et l’italien. On peut dire, à ce titre, que les anciennes traductions de la Bible ou de l’Office des morts furent des romans, aussi bien qu’aujourd’hui les deux Cadavres ou le dernier jour d’un Condamné ; mais il faut remarquer que ces premiers essais de notre parlure française ne franchirent pas la limite des provinces pour lesquelles ils avaient été tentés. Les maîtres de théologie du XIe siècle ne prétendaient pas faire alors des œuvres d’art, ils ne voulaient que secourir l’intelligence de leurs auditeurs et leurs romans périssaient entre leurs mains, comme ont péri, entre les nôtres,