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LES INDIENS DE LA BAIE D’HUDSON.

Trouvant que notre canot était trop petit, Cheu-Cluk réussit à l’échanger contre un plus grand. À trois heures du matin nous nous embarquâmes et commençâmes une traversée de trente-deux milles en pleine mer. Environ deux heures après notre départ, le vent se transforma en bourrasque, nous fûmes obligés d’avoir sans cesse un homme occupé à vider l’eau du canot pour nous empêcher de sombrer.

Dans ce travail, les Indiens entonnent un de leurs chants sauvages, qui s’élève jusqu’à des cris toutes les fois qu’une vague plus grande que les autres approche ; puis ils soufflent et crachent contre le vent comme dans une violente querelle avec le mauvais esprit de la tempête. C’était à la fois une scène de la plus sauvage et de la plus extrême irritation ; des vagues, de vraies montagnes, enveloppaient notre petit canot et paraissaient à chaque instant près de nous engloutir ; le vent rugissait sur nos têtes, et les cris d’horreur des Indiens rendaient notre situation présente vraiment terrible. J’étais surpris de la dextérité avec laquelle ils manœuvraient le canot, en mettant tous leurs rames du côté du vent chaque fois qu’une vague arrivait, ce qui leur permettait d’en briser la force et d’en rejeter l’écume par-dessus nos têtes, de l’autre côté du canot.

Je regardais avec terreur chaque vague qui nous arrivait avec un bruit de tonnerre ; et je dois confesser que je n’étais pas tranquille sur l’issue de notre navigation. Cependant vers deux heures de l’après-midi, nous touchions au fort, trempés et mourant de faim, mais sans autre dommage qu’une fatigue extrême ; on le conçoit : onze heures d’un dur travail ! Tout cela disparut bientôt devant le feu joyeux et le dîner cordial qui nous accueillirent au fort Victoria. Un des Indiens