Page:Paul Kane - Les Indiens de la baie d'Hudson.djvu/215

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
201
LES INDIENS DE LA BAIE D’HUDSON.

dont je me souvienne. Dépourvu de thermomètre avec moi, je ne puis pas dire le degré du froid ; je suis sûr pourtant qu’il a gelé davantage cette nuit que la précédente, où le thermomètre indiquait 56 degrés au-dessous de zéro, température par laquelle le mercure se solidifie. J’ai tâché de me réchauffer en mêlant de la neige au feu ; mais l’eau s’est glacée sur ma barbe et sur mes cheveux, bien que je me sois tenu aussi près que possible d’une flamme ardente. Je m’écorchais la figure si je détachais la glace. Nous passons alors Grande-Batture, et, à notre grand soulagement, en descendant, nous avons moins de neige. Nous voici au campement de Regnalle dans la soirée ; nous restons la nuit.

4 novembre. — Départ longtemps avant la nuit. Nous sommes bientôt dans une région sauvage, qui nous paraît avoir dû être dévastée quelques années auparavant par quelque terrible orage. Une forêt tout entière, sur un espace de plusieurs milles, était déracinée ; de jeunes pousses commençaient à lever leurs têtes au travers des troncs renversés de l’ancienne forêt. La faim nous prend si fortement, par suite de notre exercice violent dans une atmosphère si froide, que nous ne pouvons résister à la tentation de nous arrêter et de faire cuire quelque nourriture avant d’entrer dans cet épais labyrinthe. C’était la première fois que nous le faisions, car les heures du jour sont trop précieuses pour les perdre à se reposer, et le danger des effroyables tempêtes de neige, si fréquentes dans ces parages, menace trop pour permettre qu’on s’arrête. La neige, pendant ces tourmentes, s’élève quelquefois à vingt ou trente pieds ; le moins que puisse faire une tempête, c’est de causer la perte de nos chevaux et de notre bagage, en