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LES INDIENS DE LA BAIE D’HUDSON.

Le second chef, Wah-he-joe-tass-e-Neen, « l’homme demi-blanc, » voyant que j’avais si bien réussi le portrait de son chef, probablement sentant une légère jalousie, vint et me demanda de le dessiner de même. J’y consentis facilement, d’autant plus qu’il avait une figure très-extraordinaire. Il était réputé grand chasseur, et comme preuve de son courage dans les souffrances et les privations, on me raconta qu’un matin il partit avec des raquettes à neige, à la poursuite de deux élans, et les chassa jusqu’à ce qu’ils se séparassent. Alors, il choisit une des deux voies qu’ils avaient prises séparément ; il s’élance et force le premier élan, puis il le coupe et le met sur des pieux à l’abri de la dent des loups ; alors il revint sur ses pas jusqu’à la place où les voies se séparaient et reprit l’autre ; il força de même le second élan et le dépeça comme le premier ; puis il rentra le soir même à sa hutte. Le malin, il envoya trois hommes avec un traîneau de chiens pour rapporter le gibier, et avant de rentrer au logis ils mirent trois jours à suivre les traces de son voyage d’une journée.

Mah-Min donna à un des missionnaires qui montèrent ici l’été dernier, une très-longue et très-sérieuse leçon sur le mensonge. Il paraît que le missionnaire, qui ne fumait pas lui-même, avait apporté avec lui un caret de tabac avec l’intention, en cas de besoin, d’acheter des chevaux et des aliments aux Indiens. Immédiatement après son arrivée, les Indiens, qui avaient épuisé leurs provisions, lui demandèrent avec vivacité s’il avait du tabac ; mais lui, effrayé de l’idée qu’ils lui prendraient tout et le laisseraient sans aucun moyen de trafic avec eux, déclara qu’il n’en avait pas. Quelque temps après, quand il fut au moment de partir, il alla trouver Mah-