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La numération ordinale en ancien français.

En français, -ēsimu, devenu dans le latin populaire de la Gaule -ẹsmu, aurait dû donner -ẹsme avec e fermé dans la plus ancienne période de la langue, puis -ęsme avec e ouvert à partir du commencement du XIIe siècle[1]. C’est ce que prouve à toute évidence le traitement du lat. vulg. *quadresima (pour quadragesima) qui devient en a. fr. quaresme. Or, ce n’est pas -esme qu’on trouve, comme on sait, dans le plus ancien français, mais -isme, -ime : dizisme, tresime, trentisme, uitisme, etc., qui fut plus tard remplacé par la terminaison -iesme devenue -ième en français moderne. Quelle est donc l’origine de -isme, -ime ? C’est ce qu’on n’a pas encore pu établir d’une façon certaine, pas plus du reste qu’on n’est parvenu à expliquer la raison de la substitution de -ième à -isme, -ime[2]. Dans le présent article, je ne m’occuperai que de l’origine de -isme, -ime.

Les théories.

M. Köritz a montré le premier que, contrairement à ce qu’on croyait, -isme, -ime, mod. -ième ne pouvait être -esimu. C’est lui qui a le premier en 1885 dans sa dissertation Ueber das S vor Consonant im Französischen, p. 7 ss., traité in extenso la question et a, pour la résoudre, montré la voie. Il convient de reproduire en entier ce qu’il dit sur le sujet : « Mentionnons ici les ordinaux en -i(s)me. Dans l’introduction du Comput (p. 91), Mall fait observer que les ordinaux depuis unzime jusqu’à seizime « et peut-être au delà » ont seulement -ime, non -isme. Il entend par « au delà » les nombres formés avec settime, oitime, novime comme dissettime, etc. On sait bien que les formes settime, etc. ne sont pas celles du plus ancien français ; les précédentes qui sont aussi celles à développement régulier, sont plutôt sedme (Alexis 116a), oidme, noefme (Rol. etc.), et celles-ci persistèrent encore longtemps après dans la langue. À côté d’elles il ne peut avoir existé concurremment une seconde série d’ordinaux à terminaison différente dans la langue parlée. Les autres qu’on rencontre aussi, spécialement dans

  1. Les premières assonances d’ : ę se trouvent dans le Brendan (1125) : Horning, Gramm. de l’anc. français, § 48, dans Bartsch et Horning.
  2. Une difficulté de même nature existe pour cirge > cierge, virge > vierge.