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vençal de M. Suchier (1891), dans l’Altfranzösische Grammatik du même (1893)[1], ni dans le tout récent Essai de grammaire de l’ancien français de M. Etienne (1895). La récente édition de la Grammaire historique de M. Brunot n’est pas à ma portée.

La numération ordinale de 1er à 19e jusque vers le milieu du xiie siècle. Apparition au ixe siècle de -ime dans la série onzimesezime.

Chacun sait et les grammaires élémentaires enseignent que dans le plus ancien français (en tout cas au moins jusqu’en 1150) les dix premiers adjectifs ordinaux étaient prim ou premier, altre (et secont qui est savant et apparaît déjà dans le Comput), tiers, quart, quint, sist, sedme ou setme, uidme ou uitme, nuefme, disme. Telles sont les formes usitées uniquement dans l’Alexis (sedme, 116a), le Pèlerinage, le Roland, le Comput. Les plus anciens exemples que l’on relève des formes analogiques cinquième, sixième, etc. ne datent que de la seconde moitié du xiie siècle : ainsi cinquismes dans Erec (vers 1165), des formes de sixième dans les Saisnes, l’Alexandre de Lambert le Tort, Oger le Danois (dernier tiers du xiie siècle), setiesme dans l’Alexandre, oitisme dans le Roman de Troie (vers 1160), neuvieme dans la Prise d’Orange (vers 1150) et noevieme dans Garin le Loherain (derniers tiers du xiie s.), diesiesme dans le Roman de Troie.[2] Deuxième, troisième, quatrième apparaissent les derniers en date et c’est altre, tiers, quart qui sont évincés en dernier lieu.

C’est dans onzime, dozime, trezime, quatorzime, quinzime, sezime que la finale -ime (dont -ime sans s doit être la forme primitive, voir plus loin) est originelle. On sait que l’a. fr. exprimait les nombres ordinaux, intermédiaires des dizaines, par l’adj. cardinal de la dizaine suivi de l’adj. ordinal de l’unité, les deux étant reliés ou non par la conjonction et : il disait, par exemple, vint e siste, trente uidme, etc.[3] Mais il y avait une exception pour les ordinaux du 11e au 16e ; jamais l’a. fr. n’a dit dis e premier, dis e altre ou secont, dis e tiers, dis e quart, dis e quint, dis e siste.[4] Pour ces nombres non plus, il n’a jamais possédé de représentants populaires de undecimus, duodecimus ni de formes vulgaires, refaites sur le modèle de ceux-ci, tredecimus, quattuordecimus, quindecimus, sedecimus,[5] et encore moins des formes classiques tertius decimus ou decimus tertius.

L’a. fr. a dit dès les premiers jours (tout au moins dès le xie siècle ; je ne veux rien préjuger de la période préhistorique),

  1. On trouve seulement, p. 27, setime donné comme savant et tiré de septimum.
  2. L’exemple de cinquismes est du Dictionnaire général, les autres sont tirés des listes données par Knoesel, pp. 35 ss. Pour dixième, le Dict. général n’a qu’un exemple postérieur de Bodel : diseme.
  3. C’est encore le système usité : vingt-sixième, etc.
  4. De même qu’il ne disait pas dis e un, dis e deux, etc.
  5. Ces formes, qu’on s’étonne réellement de ne pas trouver, eussent donné : ondisme, do(d)isme, tre(d)isme, quatre(d)isme, quindisme, se(d)isme.