Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/126

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


se mit à regarder sous le nez, et sans rien dire, la bergère qui, fort ennuyée, lui appliqua un vigoureux soufflet et s’enfuit.

Il vint se plaindre à sa mère en demandant comment il fallait s’y prendre pour se faire bien venir des filles.

— On druge (joue) avec elles, et on leur envoie toutes sortes de petits brochons.

— Bien, dit le gars.

Brochon signifie à la fois brindilles de bois, farces et bâtons de barrière. C’est en ce dernier sens que Jean l’entendit.

Il enleva les bois d’un échalier et se mit à en jeter les morceaux à la fille qui, surprise de cette galanterie d’un nouveau genre, s’enfuit de plus belle.

Le garçon revint trouver sa mère et lui conta que la bergère s’était sauvée comme si elle avait vu le loup, bien qu’il lui eût jeté des brochons, et même passablement gros.

— Il fallait, répondit la mère, lui faire des yeux de brebis.

C’est en certains pays la manière de désigner ce qu’ailleurs on appelle des yeux en coulisse.

Le gars ôta avec son couteau les yeux à des brebis qu’il rencontra sur son chemin, et retourna auprès de la fille. Il se mit à lui parler, et pour mieux avancer ses affaires, il tira de sa poche les