Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/148

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tait : Si je n’ai recours à mon soufflet, je suis perdu.

Peu à peu, la femme du Fin voleur ouvrit un œil, étira un bras, et enfin elle se mit debout, si bien portante que le seigneur en fut émerveillé.

— C’est, dit le Fin voleur, que mon soufflet est sorcier : il ressuscite les morts.

Après s’être bien fait prier, il le vendit au seigneur pour deux mille francs.

Quand le seigneur fut de retour au château, il montra son emplette à sa femme, qui se moqua de lui et lui reprocha de se laisser duper comme un sot par le Fin voleur. Comme elle ne cessait ses reproches, il la tua, et s’en étant repenti aussitôt, il voulut, à l’aide du soufflet, la rappeler à la vie ; mais la pauvre créature était bien morte.


Quand le seigneur vit que sa femme était défunte, il eut beaucoup de chagrin, et pour lui faire un enterrement digne de son rang, il envoya chercher son frère, qui était prêtre.

Celui-ci lui reprocha sa crédulité, et lui dit qu’au reste, en sa qualité d’homme de guerre et de chasseur, il l’avait toujours regardé comme faible d’esprit.

— Prends garde, dit le seigneur, toi qui es si subtil, d’être aussi bien pris que moi.