Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/408

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§ II. — Propos rustiques.

Jean Duchêne était un bon buveur de cidre, qui, non content de celui de son cellier, allait volontiers en ville pour établir des comparaisons entre les différents pommages.

Un jour que, vers le soir, il sortait de l’auberge de Dubois, il fut rencontré par un de ses compères qui lui dit :

— Eh bien, Duchêne, le cidre de Dubois est-il bon ?

— Ma foi, mon gars, je n’en sais rien.

— Comment, tu n’en sais rien ?

— Vère, je suis allé à l’auberge de Cousin, et le cidre y était de bonne qualité ; chez Lemercier, j’ai bu deux bolées qui m’ont fait plaisir ; chez Ange Lorant, le piot était ben cœuru, et j’en ai bu trois bolées ; chez Jacques Ma Tante, il n’était pas mauvais. Je suis entré chez Dubois ; mais là le goût des divers cidres s’est mêlé à celui du sien, de sorte que je ne peux vous dire s’il est vraiment bon ou mauvais. (Matignon.)