Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/72

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vaient à peine y faire entrer leur petit doigt. En peu de temps toutes les jeunes filles du royaume, même les paysannes, eurent subi l’épreuve, mais sans succès, et on allait déclarer qu’il était inutile de faire d’autres essais, quand le fils du roi fit remarquer que la Pouilleuse n’était pas venue.

On alla la chercher ; elle arriva couverte de ses haillons ordinaires, mais les doigts mieux décrassés que de coutume, et elle mit facilement la bague. Le fils du roi déclara qu’il accomplirait sa promesse, et comme ses parents lui faisaient observer que la jeune fille était une simple gardeuse de moutons et des plus laides, la Pouilleuse prit la parole et dit qu’elle était née princesse, et que si on consentait à lui donner de l’eau et à la laisser quelques instants seule dans une chambre, elle montrerait qu’elle savait aussi bien que personne porter la toilette.

On se hâta de lui accorder sa demande, et quand elle sortit revêtue d’une robe magnifique, elle parut si belle qu’aucun des assistants ne pensa qu’elle pût être autre chose qu’une princesse déguisée. Le fils du roi reconnut la charmante personne qui lui était un jour apparue ; il se jeta à ses pieds, et lui demanda si elle voulait l’épouser. La princesse raconta son histoire, et dit qu’il fallait envoyer un ambassadeur à son père pour