Page:Pavlovsky - En cellule, paru dans Le Temps, 12, 19 et 25 novembre 1879.djvu/50

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— Ha, ha, ha ! cher, cher Kolia ![1] Je me retourne : c’est mon frère, celui qui est mort, un petit garçon pâle, aux longs cheveux bouclés. Il embrasse mes genoux et s’efforce de m’entraîner avec lui en riant. J’ai peur.

— Laisse-moi, laisse-moi, Sacha[2], Pakhomof pourrait nous voir… Laisse-moi, te dis-je !

J’entends pleurer quelqu’un doucement, puis sangloter à fendre le cœur.

— Il nous faudrait le docteur, eh ?

C’est Pakhomof qui parle, et sa face n’est plus de pierre ; elle a pris une expression toute humaine. Je me jette de côté en apercevant son visage qui se penche sur moi…

— À l’échafaud ! veux-je crier ; mais ma voix n’est plus qu’un sourd chuchotement. Je veux me lever, fuir ; mais je n’en ai pas la force…

Pakhomof secoue la tête et fait le signe de la croix…

— Est-ce que je vais mourir, Pakhomof ?

Je ne me souviens pas de ce qui suivit. Lorsque je revins à moi, j’étais dans un endroit que je n’avais pas encore vu. Une bonne face inconnue se penchait vers moi. Je sus plus tard que c’était Gratchef, un soldat en punition qui était détenu pour un délit de droit commun.

Je viens d’écrire le nom de Gratchef et toute sa personne m’apparaît comme vivante.

  1. Diminutif caressant de Nicolas.
  2. Diminutif caressant d’Alexandre.