Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/101

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flamme à la main, il prend le rôle de Dieu sur la terre, il remplace le soleil, il nivelle le climat, il déblaye la forêt, il pétrit le fer et l’assouplit à son usage, et le transforme en scie, en vrille, en serpe, en soc, en hache, en lance, en épée, en cuirasse.

Il dépose d’abord le feu sur l’âtre, foyer primitif de l’enfance de l’humanité. Chaque soir la branche d’orme flamboyante sur la pierre, groupe la famille. C’est l’heure de la veillée, la femme file la quenouille, l’aïeul raconte une légende.

La famille progresse et la vie d’intérieur, la vie de sentiment, encore étouffée ou restreinte dans l’antiquité, gagne en expansion, transforme l’âtre en cheminée, et la cheminée résume jusqu’à nouvel ordre le dernier relai du progrès, car c’est devant ce marbre sympathique, comme devant un sanctuaire, que chacun de nous, à la fin de la journée, émet, échange au pétillement de la flamme, en tête-à-tête ou en cercle, ce qu’il a de meilleur en lui, qu’il croit, qu’il aime, qu’il espère et sent en commun.

Qui le dirait mieux que vous, poëte cosmopolite, qui faites chaque jour du coin de votre feu le rendez-vous de l’Europe, pendant que la pendule dressée sur le tabernacle, comme la divinité du temps, trace d’un doigt muet l’heure sur le cadran ?

Je ne sais plus quelle princesse maudissait, au xviie siècle, l’invention d’une horloge qui marquait le quart pour la première fois. Ce perpétuel coup de mar-