Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/11

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à la consigne. Qui oserait en effet élever la voix le lendemain de Wagram ? Le bulletin seul a la parole.

Plus de pensée, plus de poésie. Chateaubriand, condamné au silence, relit Tacite, et Mme De Staël éperdue gagne l’Angleterre par la route de Moscou. Je me trompe cependant, il y a encore une littérature. Cela porte indifféremment le nom de Désaugiers ou de Pigault. Cela siége au caveau, ou plus bas encore. Cela parle à la vivandière ou au troupier. Cela exhale je ne sais quelle odeur fade et lubrique de cantine et de chair échauffée par la poudre à canon. Que voulez-vous ? c’est le temps de la guerre, c’est le temps de la gloire à bref délai. Quiconque a du nerf endosse le sac et part, et s’il revient, revient avec une jambe de bois, homme au rebut, ou avec une épaulette, homme en passe du bâton de maréchal.

Certes, à ce moment-là vous pouvez, que dis-je ? vous devez, vous né d’une race d’épée, vous né avec une âme dévorante : À moi l’espace ! à moi l’action ! — prendre le pas de votre génération, et suivre le vent de feu déchaîné, à travers l’Europe, sous le pli du drapeau fouetté par la mitraille.

Eh bien ! non, cependant. Au milieu de tous ces coups de force, de tous ces chocs de peuples, de tous ces écroulements d’États sous le talon de botte d’un conquérant, de tous ces abatis d’hommes par feux de peloton, de tous ces festins de loups dans la fumée des Te Deum, vous portez le regard plus haut et vous allez chercher sur