Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/124

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prète rigoureusement sa consigne, plus la chose publique touche à la perfection.

Que le progrès marche au pas de course en industrie, d’accord, répondrai-je à mon tour, l’œil ici tranche la question ; mais qu’il marche forcément en sens inverse de la liberté, nous le nions, autrement il faudrait maudire la naissance de Watt, briser la machine à vapeur et retourner à la litière et à la quenouille. Car, la dignité importe plus à l’homme, rentre plus dans la loi de sa destinée que la toile à bon marché ou la locomotive à grande vitesse. Or, pas de liberté, pas de dignité, pas même de moralité, vu que l’homme n’est un être moral que parce qu’il est un être libre, et que, le jour où il perd une part de liberté, il perd incontinent une part équivalente de vertu. Homère l’a dit le premier. Voyez plutôt l’esclave. Le vice a toujours prise sur l’âme passée, l’âme active a seule contre lui force de réaction.

Sans doute, au premier coup d’œil, l’industrie développe démesurément l’esprit d’égoïsme dans une certaine portion de la société. Jouer à la hausse, jouer à la baisse, traiter la vie comme une Californie de passage, ramasser à la hâte son lingot dans la boue, et partir et dévorer à l’écart son butin, sans compter un instant avec le cœur, avec l’idée, avec le droit, avec la justice, avec tout ce qui fait l’homme grand, avec tout ce qui le fait Dieu sur la terre ou fils de Dieu, si vous craignez la témérité de l’expression, tel est, en apparence, le fait courant de cette multitude innombrable, uniquement