Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/174

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L’idéal de l’humanité changea de place, et passa de la force à la pensée, le législateur destitua le héros. Dracon, Numa, Moïse, Solon, Lycurgue, posèrent, en vertu des notions du bien et du mal, dégagées des siècles par une longue suite de réflexions, les règles morales des rapports et des devoirs des hommes entre eux dans la société. Là où était la force ils mirent le droit, et la loi là où était l’indiscipline. Loi sauvage sans doute le plus souvent, et empreinte à l’occasion de toute la brutalité d’une époque encore submergée de matérialisme. Dent pour dent, peine du talion, la torture pour interrogatoire, la peine de mort prodiguée pour le moindre délit, le sang versé comme l’eau à la moindre faiblesse. On eût dit que le corps seul commettait la faute et que seul par conséquent il devait répondre au juge et subir l’expiation.

Mais l’âme continuait de penser et évoluait de la législation à la philosophie. Le législateur abdiquait la suprématie morale de l’humanité dans la main du sage, de Pythagore, de ThaJès, d’Anaxagore, de Socrate, de Platon, d’Aristote. Or, qu’est-ce que la philosophie ? c’est l’extension, en quelque sorte, de la législation ; c’est la question de la destinée posée dans toute son étendue, dans toute la série de rapports, premièrement de rapports de l’homme avec l’homme, comme dans le code, et ensuite de l’homme avec lui-même, de l’homme avec la nature, de l’homme avec la vie à venir. Grâce à la philosophie, l’âme, en pleine posses-