Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/187

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par le simple fait du cumul forcé de travail, de génération en génération, et de la conversion incessante de la pensée humaine en instrument de travail, car toute industrie nouvelle a commencé par être une idée, l’homme voyait croître sans cesse la portion de temps disponible à reporter de l’occupation du corps à l’occupation de la pensée.

Alors l’histoire brisa le cadre étroit de la caste pour appeler une classe plus nombreuse à la communion de l’intelligence. L’esclavage remplaça la caste, et ce fut un progrès. Car la servitude n’est autre chose que le privilège de la caste réduit de moitié.

Il y aurait sans doute une iniquité révoltante, et il faudrait mettre un drapeau noir sur le temple de la civilisation, si l’homme allait indéfiniment trouver l’homme la lance à la main, sur la lisière d’une frontière, et lui dire, du droit du lion en tournée : Es-tu aussi fort, défends-toi ; es-tu plus faible, résigne-toi ; et lui mettait ensuite la chaîne au cou pour l’emmener à l’atelier.

Mais, d’abord, l’homme à l’état de nature, à la pluie, à la neige, à l’aventure, sans pain, sans abri, sans assistance dans sa maladie, est plus esclave en définitive que l’esclave par droit de conquête abrité, du moins, vêtu, nourri, couché sur la paille de l’ergastule. Et, ensuite, le progrès corrigeait, jour par jour, l’injustice de la servitude, à l’aide même de l’utilité sociale, créée par la servitude. Car, pendant qu’une classe purement mécanique tournait la meule du moulin pour moudre la nour-