Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/195

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


XVII


Mais quoi ! parce que l’homme souffre encore, — et qui nie qu’il souffre ? — vous entrez dans une sorte de colère sacrée au seul mot de bonheur. Vous prenez le deuil de l’humanité. Vous faites de la terre un cimetière, et de la vie une mort par anticipation. Vous soulevez d’une main désespérée la pierre du sépulcre ; vous jetez pêle-mêle dans le gouffre tout ce que l’homme peut rêver ici-bas de bon, espérer de bien, et laissant ensuite retomber la pierre avec un lugubre gémissement, vous écrivez sur cette dalle l’épitaphe qu’un moine écrivit un jour sur la porte de Rome : umbra et nihil, spectre et néant. Vous dites :

« Ce mot de progrès dans le bonheur jure avec l’immuable condition de l’homme ici-bas. Tant que l’homme n’aura ni perfectionné ses organes, ni vaincu la souffrance physique et morale, ni prolongé sa vie