Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/205

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que ce soit, et à l’appel de sa volonté, il a une pensée à Athènes, il donne la main à Platon, il monte l’escalier du Capitole, il pose le pied en Amérique, il lève son chapeau à l’aspect de Washington, il bat du même cœur que le martyr mourant pour la liberté, il combat sous le pli du drapeau tricolore avec le héros de l’armée de Sambre-et-Meuse, il palpite de la même espérance que l’Italie à moitié relevée sous sa couronne de myrtes de son lit de servitude. Debout ! dans quelque langue que ce mot retentisse, il dresse la tête et il répond : Me voici.

Que dirai-je enfin ? il fait, il tâche du moins de faire de son esprit le microcosme vivant de toutes les grandes causes, de toutes les belles choses écloses ou à éclore à notre soleil, et chaque jour il monte à l’autel pour communier en pensée et en vérité avec tous les génies qui les ont aimées ou qui les aimeront encore, et partout où il promène son pas sur la terre, il sent qu’il traîne tous les siècles à sa suite comme autant de serviteurs muets, pour lui apporter, au moindre geste, un enthousiasme ou un exemple, une émotion ou une vérité, et concluant ensuite de ce qui a été à ce qui sera et tirant du passé une invincible prophétie, il envoie sa croyance devant lui comme une messagère prendre d’avance possession de l’avenir, et signer le contrat de fraternité de l’homme avec la nature et de l’homme avec l’humanité, dans toute langue et au delà de toute frontière. Si ce n’est pas là prolonger indéfiniment son existence par le prolongement indéfini de sa sympathie,