Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/243

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trouve naturellement, au bout de sa main, la science acquise du passé. Il sait, comme la veille, labourer, bâtir, forger, tisser, compter, coudre, dessiner, fondre, raboter, sculpter ; et sur les débris de ses œuvres englouties, dispersées sous les alluvions d’un nouveau déluge, il jettera les fondements de nouvelles cités, de nouvelles nations ; il bâtira de nouvelles fermes, de nouvelles usines ; il creusera de nouveaux ports, aménagera de nouvelles terres, et, avec plus ou moins de temps, ressuscitera toutes les industries évanouies, et rentrera dans toutes les richesses des autres civilisations. La prétendue chute de l’homme n’aura été, en dernière analyse, qu’une réédition sur une grande échelle du tremblement de terre de Lisbonne, un désastre immense sans doute, mais un désastre réparable, et réparé à la longue en y mettant la somme nécessaire de travaux et de générations. Dieu aura donc dépensé en pure perte sa colère et son bitume.

Tant que l’homme pensera et continuera, de penser, la foudre et le vent attaqueront en vain ses œuvres et chercheront en vain à les détruire. Ses œuvres sont les produits de son intelligence ; son intelligence les reproduira toujours. Nous admettons à la rigueur, en accordant toutefois quelque complaisance à la fiction, que ses bibliothèques puissent toutes périr d’un bout à l’autre de la terre, par une sorte de complot universel des éléments contre les arts et les sciences ; mais les sciences, mais les inventions ne reposent pas tout entières dans les livres et