Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/251

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pour mystifier le spectateur assis sur la grève ou pour occuper son regard, en attendant l’heure d’un autre spectacle, là-haut, sur une autre planète.

« Le progrès indéfini et continu, dites-vous, est une chimère partout démentie par l’histoire et par la nature ; mais le perfectionnement relatif, local, temporaire est attesté comme une vérité. Nous voyons partout, en effet, une race humaine tombée dans l’ignorance et la barbarie, en ressortir pour remonter à la lumière, à la puissance, arriver plus ou moins laborieusement à la perfection relative d’une nationalité, d’une société, d’une religion supérieure, rester à ce point culminant plus ou moins longtemps, avant d’en redescendre, puis reculer par l’infirmité irrémédiable de notre nature, se détériorer, se corrompre, déchoir, mourir, disparaitre en ne laissant, comme l’individu le plus perfectionné lui-même, qu’un nom et une pincée de cendres à la place où il a vécu. L’humanité monte et descend sans cesse sur sa route, mais elle ne descend ni ne monte indéfiniment. »

Si j’ai bien compris le sens de cette théorie de progrès à temps, de progrès sous condition de recul, l’homme vivrait, comme le forçat anglais, dans une sorte de tread mill, de pénitencier tournant, pour accomplir comme lui dans le vide un simulacre d’action. Par conséquent, plus de perspective devant nous, plus de pensée à terme indéfini. Resserrons nos âmes, rétrécissons nos pensées, négocions avec la destinée à courte échéance, de peur