Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/62

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création ; ou bien suivre une méthode, une série, et dans cette méthode, cette série observer l’ordre du temps, ou, si vous aimez mieux, l’ordre de succession.

A-t-elle suivi cet ordre ? Oui, puisque le raisonnement de la logique, ce contemporain de toute époque, ce témoin oculaire de toute chose, me montre aussi clairement que si j’avais assisté au drame de la Genèse, que la nature a fait le sol avant de faire l’herbe, l’herbe avant de faire l’animal herbivore, et l’animal herbivore avant de faire l’animal carnivore, l’homme, par exemple, en l’envisageant pour une minute au simple point de vue de l’animalité.

Soit, direz-vous peut-être. La nature a fait acte de progrès tant qu’elle a créé, mais l’œuvre terminée, elle a mis le signet au livre de vie, et fixé invariablement chaque être à sa place. Est-ce que par hasard le mouton ou l’âne, depuis leur premier aïeul, ont jamais accompli aucune évolution, ou passé par aucune métamorphose ?

Non, sans doute, pourrais-je vous répondre, parce que le mouton, aussi bien que l’âne, est un effet de la loi de progrès, et simplement un effet. Or, un effet une fois produit ne retient pas la cause qui l’a produit, et ne reproduit pas à son tour un nouvel effet. Autrement, l’effet égalerait la cause, l’acte la faculté, le fait particulier la loi générale, ce qui, en bonne dialectique, implique contradiction, et par conséquent impossibilité.

Or, quelle est la cause productive, la force motrice du progrès ? Ce n’est pas telle ou telle quantité de matière,