Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/78

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fois qu’il jette une génération de plus, une vie de plus au soleil. Et quand un enfant naît, n’importe à quelle date, il apporte dans son berceau une âme aussi neuve que l’âme du premier aïeul.

Si l’homme, comme vous le croyez, possédait véritablement, dès son entrée en scène, toute la perfection comparative de sa nature, toute sa plénitude de destinée, si, arrivé au terme avant le départ, si, trouvant le but au début, il n’avait plus rien à désirer, rien à faire ici-bas qu’à jouir et à savourer compendieusement la même coupe sans une goutte de plus ou de moins d’ambroisie, quelle raison avait-il de vivre et, de passer du jour au lendemain, puisque le lendemain ne devait rien lui apporter, absolument rien, ni une œuvre nouvelle, ni une nouvelle connaissance ?

Le puissant Demiourgos donnait indéfiniment le temps à l’homme, et de ce temps accumulé en vain sur sa tête, l’homme ne pouvait tirer d’autre parti que de recommencer le même rôle de félicité avec le même geste et dans la même attitude. Intelligent, mais sans application possible de son intelligence ; actif, mais sans occupation possible pour son activité ; libre, mais sans occasion possible d’exercice pour sa liberté, il allait invariablement, méthodiquement d’une heure à l’autre comme l’aiguille sur le cadran. Le jour suivant répétait le jour évanoui avec une implacable exactitude, et au second soleil levé sur son horizon, il avait vécu toute son existence.

Il répugne à la logique, répondez-vous, qu’un Dieu